On croyait que Trump avait calmé ses ardeurs de prendre le contrôle du Groenland. Il n’en n’est rien.
Nous avons tous en tête cette injonction insensée du président américain lors de son investiture, exhortant ses fidèles pétroliers à forer, forer encore.
Depuis plusieurs jours, une nouvelle plus accablante encore que la chaleur caniculaire, me tourmente, me hante.
Et comme cette nouvelle concerne « mon » très cher Scoresby Sund et « ma » très chère communauté d’Ittoqqortoormiit, force m'est de vous en parler.
Je fais donc une petite parenthèse dans notre feuilleton de l’été.
(photos et visuels du média d'investigation danois Danwatch)
Greenland Energy Company, une société d’exploration pétrolière américaine, a fait main basse sur un gisement de la très sauvage côte Est du Groenland, à quelques 70km du village.
Sur la Terre de Jameson, le territoire endémique du rare bœuf musqué. Vous savez, cette chèvre énorme, préhistorique, à la chair savoureuse et d’une grande valeur nutritive, je vous en ai déjà parlé dans ces lignes...
Pendant l’été 2026, l’américain Greenland Energy va pénétrer dans le fjord et débarquer 300 conteneurs, des buldozers, construire un port, une base vie temporaire, une route pour relier le champ de forage au rivage des eaux qui abritent narvals, morses, phoques...
Les forages d’exploration commenceront en octobre.
Sans aucune concertation ni retombées positives pour la communauté. Sans que Naalakersuisut, le gouvernement groenlandais, ne puisse s’y opposer.
Pourquoi cette autorisation d’explorer concédée par le gouvernement, pouvant déboucher sur une autorisation d’exploiter, malgré le moratoire de 2021 ? :
En 2021, le Groenland a décidé d’un moratoire interdisant l’exploration et l’exploitation pétrolière sur l’ensemble de son territoire. Pourtant, la société américaine a activé une licence d’exploration d’un gisement pétrolifère qui -disent-t’ils- s’avère exceptionnel.
« C'est un choix délibéré de la part du Naalakkersuisut de ne pas avoir révoqué les autorisations déjà accordées (en 2015 et 2018 donc antérieures au moratoire) pour l'exploration et l'exploitation du pétrole et du gaz, car cela reviendrait à une expropriation et entraînerait des demandes d'indemnisation », explique la ministre des Ressources naturelles du Groenland, Naaja Nathanielsen (du parti Inuit Ataqatigit).
Là, je sens que vous n’en croyez pas vos yeux. Mais attendez, l’histoire ne s’arrête pas là !

Ce jeudi 10 juin 2026 Robert Price, CEO de Greenland Energy et sa géologue, ont débarqué à Ittoqqortoormiit dans leur hélico.
Dans la salle communale, les habitants ont eu droit à une présentation du projet, à la hussarde, moyennant moult « slides ».
Mais lorsqu’est venu le moment des questions des habitants, leur demande d'une bien modeste liste de revendications, silence radio.
Les questions ont été éludées, les revendications balayées d’un revers de main.
Et un revers de main trumpien, ça balaye ferme.
Robert Price a remballé son petit matériel, tourné les talons, et reparti dans son hélico.
Les habitants, extrêmement choqués, hésitent entre rage, colère, impuissance et fatalisme. Ce qui est sûr, c’est qu’ils se sentent abandonnés par leur gouvernement.
Et c’est bien là le problème des petites communautés isolées du Groenland, vous savez « celles qui coûtent cher et ne rapportent presque rien »...
Le gouvernement Naalakersuisut a confirmé ne pas avoir été informé de cette visite.
Ecoutez ce témoignage d'un des anciens du village :
"Il ne reste plus qu’à leur demander de financer un survol en hélicoptère et de prendre des photos, pour qu’on se souvienne comment était notre terre, avant...”
Greenland Energy Company compte 40 fonds spéculatifs parmi ses actionnaires et a été constituée pour ce seul projet. Son CEO, Robert Price, est un américain expert en matière d’exploration pétrolière ou plutôt devrait-on dire en montages financiers et levées de fonds.
Et, mais ça vous l’avez déjà compris, il a l’oreille de Jeff Landry et ...du président
Vous croyez avoir touché le fond ??? pas encore.
A son retour aux USA, le sieur Robert Price a été interviewé par le présentateur de talk shows américain ”Dr Phil”.
Et là, Oh surprise, Price a deux discours : celui pour les habitants d’Ittoqqortoormiit prudent et flou… et celui pour le public américain. Pour ces derniers, il se lâche, affirmant:
"Je possède un million d’hectares au Groenland”
...où la terre n’appartient qu’à la seule nation, jamais aux individus.
Il déclare également s’attendre à découvrir 13 milliards de barils de pétrole,
...là où l’institut de géologie GEUS Groenland estime le gisement au mieux à 350 millions de barils.
Dr Phil a une autre petite caractéristique qu’il convient de dévoiler : il est un proche, très très proche, intime pourrait-on dire, du président Trump.

Et les autorités groenlandaises, dans tout ça, elles font quoi ?
La maire de la commune Semersooq, dont dépend Ittoqqortoormiit, a courageusement interpelé Robert Price dans une lettre ouverte :
« Qui essayez-vous de tromper, M. Price ? »
Le ministre chargé des Affaires étrangères, du Commerce et des Ressources naturelles, Múte B. Egede, a déclaré que le gouvernement travaillait lui-même à l'organisation d'une réunion publique à Ittoqqortoormiit au sujet du projet pétrolier.
Dans le même temps, il prend ses distances par rapport à certaines déclarations de Greenland Energy.
« Je dois répéter que les déclarations de la société Greenland Energy à l’intention du public ne reflètent pas toujours la réalité », a déclaré Múte B. Egede.
Mieux encore !
Le fameux Dr Phil projette de tourner une série documentaire cet été, « Arctic Wildcatters » qui retracera, en six épisodes, la quête de pétrole de la société pétrolière américaine Greenland Energy dans la région de Jameson Land,
à la gloire de ce fabuleux projet… qui n’est peut être rien d’autre qu'un vent mauvais.

restes d'une base US des années 50 dans la région d'Ammasalik, photo Bernd Rommelt
Ce qui est sûr, c’est que dans la tradition américaine au Groenland depuis les années 50, conteneurs, buldozzers, matériel de forage… tout sera laissé sur place.
Les boeufs musqués n’auront plus qu’à aller brouter ailleurs.
Et voilà comment 350 groenlandais, vivant tranquillement dans un village isolé de la très rude côte est du Groenland, deviennent le joujou d’un homme d’affaires américain dont le seul soucis est d’attirer des investisseurs… et de servir la soupe à Donald Trump!
Commentaires
Bonjour, cette histoire est terrifiante. Y a t. Des pétitions en cours, les associations de défense de l’environnement sont elles alertées ? Réseaux sociaux ?
Bonjour Marie-Pierre, hélas peu de chose que nous puissions faire à notre échelle! Si ce n'est informer, en parler... De mon côté, j'ai alerté les médias français (de toutes sortes) et quelques amis journalistes, géopoliticiens etc. Le problème est qu'entre la canicule, les affaires concernant la justice, la coupe du monde de foot et la situation au moyen orient, il ne reste que bien peu de place pour le Groenland. Mais ça finira par sortir. Il y a une initiative de pétition, allemande, mais je ne crois pas trop à son efficacité :
https://www.change.org/p/keine-%C3%B6lbohrungen-in-ostgr%C3%B6nland-no-oil-in-scoresby-sund-protect-east-greenland?recruited_by_id=64a329a0-f697-11e9-8775-cdb47615a4d2
Merci de votre lecture et de votre intérêt!
je suis désolée, pardonnez chers lecteurs : une version précédente de ce billet, inachevée et sans illustration, a par mégarde été mise en ligne.... je l'ai donc supprimée, et du même coup les commentaires qui avaient déjà été postés ont été effacés... Je reconnais que ce n'est pas très courtois !
De toute façon tout ça , ça me rend malade , je suis écœurée. Et par tout le reste aussi. J’ai 71 ans et deux grands enfants. Si j’avais 25 ans maintenant, je n’aurais pas d’enfants. Mes enfants n’en n’ont pas. De toute façon pour leur offrir ce monde ?? La vie d’un être humain n’a plus aucune valeur. La Nature, qui nous donne tant, n’a plus aucune valeur et ne reçoit en retour de ses dons, que la destruction, son exploitation à toute fin de profit. Mais ils verront un jour, tous ces gros destructeurs de la vie et de la Nature, qu’ils sont en train de scier la branche du dernier arbre sur laquelle ils sont assis. J’attends le jour où elles va craquer, et même s’ils nous entraînent avec eux, parce que ce sera le cas, et bien je vais me marrer quand -même.
Je comprend votre colère. Cependant, dans le cas présent, il s'agit beaucoup plus d'une terrible agitation politique américaine qu'un véritable risque que ce projet soit en jour en exploitation. Le Groenland a développé une réglementation très rigoureuse et Greenland Energy est encore loin d'obtenir les permis d'exploiter. Et cette agitation, pour stérile qu'elle soit, entraîne de déplorables conséquences pour ces petites communautés isolées. Ittoqqortoormiit ne compte que 325 habitants...
Il y a lieu de s'interroger aussi sur la passivité apparente des autorités (basées à l'Ouest) ainsi que sur l'opacité de la procédure. Ont-elles bien pris la mesure de ce projet dans le contexte trumpien ?
Passivité ou silence de circonstance? Naalakersuisut est certainement "coincé" par cette autorisation antérieure au moratoire et donc sans porte de sortie autre que de lourdes indemnités à verser à la société titulaire de la concession... Le premier ministre a promis "une réunion d'information aux habitants" et prêche surtout que Robert Price ne dit pas la vérité, mais bien timidement... Quant à la maire de Semersooq (la commune dont dépend Ittoqqortoormiit) elle a envoyé une lettre ouverte à Robert Price - qui n'aura certainement aucun effet- probablement destiné à montrer aux habitants qu'ils ne sont pas abandonnés...