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Vu de ma fenêtre #24 Retour de pêche

Changement de décor pour le Vu de ma Fenêtre #24. La vitre glacée d’une cabane, au quatrième jour de cette partie de pêche arctique. Presque une maison, tout au bout du Kangerterajiva*, le fjord étroit qui sépare la Terre de Liverpool de la Terre de Jameson.
Retour de cinq jours d'une folle équipée.

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mercredi 11 avril 2018

lever du soleil : 5h40

coucher du soleil : 21h20

température - 15°C

ciel blanc, vent secteur Nord

De poisson, je n’en n’aurais pas vu la queue d’un seul. Adieu ombles, saumons, truites, vous serez restés au fond du lac, dans la vallée somptueuse de Dombrava. Nous avons bataillé hardiment contre la glace épaisse. Armés de nos seuls « toq », ce long bâton muni d’un fer, nous avons creusé, creusé. Le dos éreinté et les paumes irritées, nous avons déclaré forfait. Nous étions arrivés à plus de 1,20m de profondeur, et toujours pas la moindre goutte d’eau.

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Pour être tout à fait sincère, je fus fort satisfaite lorsque Ingkasi a posé son toq. J’allais pouvoir profiter de la splendeur du lieu, me gorger de soleil, reposer mes muscles endoloris par le voyage en traîneau. Un bivouac dans la vallée de Dombrava, c’est la plus belle terrasse du monde. Terrasse qui est aussi salon, salle de bains, chambre, chenil.

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Le rituel est immuable. Ingkasi se réveille tôt, privilège du chasseur, allume les deux primus qui ont vite fait de réchauffer la tente ou la cabane après une nuit à friser les -20°. Ruth sa vaillante femme et moi sortons le nez de nos énormes duvets bien chauds. La tâche essentielle : fondre la glace et la neige. Puis remplir les thermos, déjeuner très copieusement, ranger les sacs, plier la tente, charger les traîneaux, arrimer solidement le lourd chargement sous la peau d’ours et la peau de bœuf musqué dont mon postérieur apprécie le confort. J’observe, la meilleure façon d’être utile est de ne pas gêner leurs mouvements précis, puissants, silencieux.

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Les chiens ont compris, on part, c’est l’excitation absolue, on ne s’entend plus. Un par un ils sont détachés de la chaîne, le harnais vivement crocheté à la longe sous les cris « arai, arai », calme, calme, des deux guides. Le fouet cingle au dessus de leurs oreilles. Comprendre à quel moment il est temps de s’asseoir sur le traîneau, jambes sur le côté.

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La corde qui retenait le traîneau est libérée, on s’envole dans un nuage de neige. Je décolle, glisse, mais Ingkasi sans se retourner me bloque avec sa jambe, tout rentre dans l’ordre. Le silence se fait à la seconde dans la meute.

Liberté absolue.

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*Pour Aller plus loin : Sur les cartes, vous ne trouverez que le toponyme Hurry Inlet. A dessein, et pour honorer ceux qui vivent ici, j’utilise les toponymes en tunumiusut tels qu’ils ont été relevés par Antony K. Higgins dans son ouvrage absolument passionnant sur l’histoire de l’exploration du Scoresby. On y trouve le catalogue complet des innombrables expéditions sportives et scientifiques jusqu’en 2008 ainsi que les toponymes expliqués du Scoresby Fjord. Le PDF de cet ouvrage bientôt en ligne, avec la permission spéciale de son auteur. Publié au Geological Survey of Denmark and Greenland Bulletin 21-2010.

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Les 17 chiens, vrais héros de l’histoire. Une photo dédiée au petit Samuel.

Commentaires

  • Que dire en lisant ce" journal de bord" chaque semaine, sinon que l'on attend avec impatience le suivant, après l'avoir lu plusieurs fois en tentant de s'imprégner de cet environnement improbable, de ces récits passionnants d'une aventure que l'on aimerait vivre avec vous, Dominique. Merci de partager celà, avec votre écriture vivante qui donne l'impression de s'y trouver. (presque)

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