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La Station #1

La neige crisse sous mes bottes, je me hâte vers La Station. Plus que quelques minutes avant 22h, vite vite, bientôt Karl lâchera le ballon sonde dans la nuit soudain calme. Qu’emporte-t’il avec lui, ce drôle de petit ballon blanc qui voudrait rivaliser avec la lune ?

Perchée au sommet de la colline, de l’autre côté de la rivière, La Télé comme on dit ici, domine le village presque endormi. La Télé, c’est à dire la station des télécommunications, le cordon ombilical qui connecte Ittoqqortoormiit la belle isolée au reste du monde.

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Voyez cette grosse parabole, c’est elle qui nous amène internet et téléphone. Et cette plus petite à moitié ensevelie sous la neige reçoit les chaînes de radio et de télévision groenlandaises et danoises. Car les câbles sous-marins n’arrivent pas jusqu’ici, au Nord de la côte Est. Pourtant nous ne sommes pas bien loin de l’Islande, juste de l’autre côté du détroit du Danemark. Mais voilà, les câbles transatlantiques filent directement vers l’Ouest, vers la capitale Nuuk. Serait-ce encore une de ces manifestations insidieuses d’exclusion de la côte Est ?

Bien bien, mais tout cela ne nous explique toujours pas pourquoi la Station se livre deux fois par jour au rituel du lâcher de ballon, qu’il vente en tempête, qu’il neige, que la lune soit au rendez vous ou cachée dans la brume arctique.

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C’est qu’en plus d’être la station de télécommunication historique, crée ici par le gouvernement danois en 1932, la Station est aussi le centre météorologique névralgique de cette région de l’arctique. Voici pourquoi les ballons ronds joufflus d’hélium s’envolent à 11h, du matin et du soir, vont caresser les nuages jusqu’à la limite de la troposphère là où naissent les jet-streams, enregistrent vitesse du vent, température, pression. Le tout est envoyé au centre d’études danois, et les données sont analysées par les super calculateurs de Bracknell en Angleterre.

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Et ce n’est pas tout ! Notre promontoire observatoire ne se contente pas de capter les jeux du vent au-delà des nuages. Les quatre techniciens qui travaillent à Télé surveillent aussi de près une ribambelle d’appareils étranges. On y mesure le champ magnétique terrestre, les données de la couche d’ozone, l’amplitude des marées terrestres, pas moins de 40cm à l’équinoxe de printemps. Et même le mouvement du Groenland. Le croiriez-vous, le Groenland se déplace vers l’Ouest « à la vitesse de la croissance d’un ongle » me confie malicieusement Tore Andreasen qui dirige les opérations. On va finir par retrouver le Groenland collé au Canada, mais pas tout de suite.

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Ballons, mesures, appareils, tout ceci a un air de déjà vu, en moins moderne, en noir et blanc, et pourtant sur cette même colline, à l'entrée du Scoresby Sund.

Y aurait-il comme un héritage français derrière ces missions scientifiques ? (à suivre)

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